L’argent
En français, on parle plutôt d’argent, qui traduit le mot « money », monnaie, ou devise, étant plus fréquemment utilisé pour traduire « currency » (l’euro est la monnaie de l’Europe).
Au commencement du commerce, il y avait le troc. Tu as quelque chose qui m’intéresse, j’ai quelque chose qui t’intéresse, faisons un échange. Cela permet une spécialisation des individus qui trouvent chez d’autres le savoir-faire (du temps d’apprentissage) et le temps passé à fabriquer, chasser, pêcher,… les biens convoités.
Au fil du temps, il est devenu plus difficile de faire coïncider les produits ou services que vous savez offrir avec ce dont vous avez besoin. Vous avez besoin de manger tous les jours, mais une fois que tout le monde est équipé de ces fers de lance que vous fabriquez, vous ne trouverez plus de partenaire de troc.
C’est là que la notion d’argent rentre en compte : il permet de donner une valeur à ce que vous offrez, que vous pouvez utiliser pour acheter des biens ou services. Le temps que vous avez passé à acquérir un savoir-faire et à créer vos biens ou services est converti dans une unité de compte, qui est acceptés par votre interlocuteur en rémunération de son propre temps. Si cette unité de valeur possède les bonnes propriétés, vous pouvez l’utiliser ultérieurement ou la transporter là où se trouve le fournisseur qui vous intéresse.
A ce titre, on peut dire que l’argent, c’est du temps en conserve.
Au fil de l’Histoire, l’argent a emprunté de nombreux supports, comme des coquillages, le sel, des céréales, divers métaux dont l’or et l’argent….
Pour être accepté comme de l’argent, on considère généralement qu’un medium doit posséder les caractéristiques suivantes :
- La rareté : il doit être difficile à produire, pour résister à la manipulation de son offre et la dilution de sa valeur.
- La divisibilté : les unités de comptes doivent pouvoir être utilisées aussi bien pour l’achat de biens de faible valeur comme de plus grande.
- La portabilité : la possibilité de le transporter facilement dans l’espace
- La durabilité : il ne doit pas se détériorer facilement, pour pouvoir conserver sa valeur dans le temps
- La facilité de reconnaissance : il faut pouvoir facilement l’identifier et en vérifier la valeur.
Les métaux, notamment l’or, ont finalement été assez globalement retenus comme support à la monnaie : l’or est indestructible, on ne peut le créer artificiellement, les réserves ne sont pas infinies, et ne sont pas toujours faciles à exploiter et on peut le fondre en divers formats de poids et de taille normalisées (pièces de monnaie).
L’évolution du système monétaire
Avec l’expansion du commerce, l’or a tout de même montré quelques limites, notamment pour transporter de grosses sommes. Il est lourd et difficile à protéger. Le système de papier monnaie a permis de déposer de l’or en lieu sûr et de recevoir en échange des reçus plus faciles à transporter pour des transactions commerciales, le nouveau porteur pouvant récupérer de l’or en échange à son tour.
Système très pratique, et finalement les échanges en papier-monnaie étant suffisants, les banques qui voyaient moins de demande de conversion de ceux-ci en or que de dépôts ont eu une idée pour faire du profit : pourquoi ne pas prêter cet or, moyennant intérêt, en émettant plus de reçus que d’or en réserve ? C’est le système de réserve fractionnaire.
Ce système marche bien tant que les retraits ne dépassent pas les réserves, mais s’il faut honorer tous les reçus émis, la banque fait faillite, et les dépositaires pas assez rapides se retrouvent avec des bouts de papier sans valeur. Et pour éviter que cela ne leur arrive les clients des autres banques font de même et tout le système peut d’effondrer.
Les états ont donc sifflé la fin de la récréation : on va interdire aux banques de créer leur propre monnaie-papier, cela devient le droit exclusif d’une Banque Centrale, et l’état émet donc sa propre monnaie, toujours couverte par des réserves en or, et garantissant qu’il fournira la liquidité nécessaire en cas de besoin, pour fournir aux citoyens l’assurance que leurs fonds sont en sécurité.
Ne croyez pas que ceci soit une invention récente, la Chine émettait des billets il y un millénaire.
L’histoire moderne a franchi un pas : lors de la Grande dépression des années 30, les américains ont convertis de plus en plus de dollars en or, mettant en danger le système. En avril 1933, par surprise, le président Roosevelt a abandonné le système du standard or, interdisant aux individus d’en posséder, et leur imposant de le déposer à la réserve fédérale, qui en a ensuite cédé la propriété à l’état.
Après les particuliers, les pays : à la fin de la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis demeurent la seule super puissance non ruinée, et possède les 2/3 des réserves d’or mondiales du fait de ses exportations de défense. Un nouvel ordre monétaire mondial est mis en place à Bretton Wood en 1944. On fixe un taux de change fixe entre chaque monnaie étatique et le dollar, lui-même convertible en or à un taux fixe. Le dollar devient de facto la monnaie d’échange mondiale, avec un filet de sécurité tout de même , cette convertibilité en or. Ce filet de sécurité disparaît encore par surprise en 1971 au nom de la stabilité monétaire des Etats Unis.
Le système monétaire actuel
En résumé, nous sommes aujourd’hui dans un système monétaire qu’on appelle fiat (littéralement « que l’argent soit », comme dans « fiat lux »): des autorités nationales créent une monnaie qui n’est adossée à rien de concret et dont les valeurs relatives sont liées à l’appréciation par les marchés financiers. On accepte d’utiliser cette monnaie parce que l’état impose aux entreprises d’effectuer leurs transactions dans cette devise, et c’est celle qu’il accepte pour percevoir ses impôts.
La littérature sur le sujet est abondante, nous ne prendrons pas parti, mais ses détracteurs mettent en évidence son côté peu vertueux. Comme un ménage, soit l’état dépense moins que ce qu’il gagne, soit il emprunte la différence. Mais dans le système fiat, contrairement au ménage, l’Etat peut émettre de la monnaie pour payer ses remboursements. Magique, non? où est le truc? Eh bien le truc s’appelle l’inflation. Chaque fois qu’il émet un euro ou un dollar, l’état diminue la valeur de ceux qui existent déjà, puisqu’il entre en compétition plus d’unités monétaires pour acheter la même quantité de biens et de services disponibles, celle-ci n’ayant pas augmenté comme le nombre de dollars au cours de la nuit.
Par conséquent, l’état dépense aujourd’hui de l’argent qui ne vaudra plus rien lorsqu’il devra rembourser 10, 20 ou 30 ans plus tard. Le dollar a perdu plus de 90% de sa valeur depuis 1971, l’euro 40% depuis sa création en 2002.
Et au passage si vous réfléchissez bien, ce n’est pas magique : il y a bien quelqu’un qui paie à la fin. C’est vous, si vous possédez des économies. Leur valeur s’érode sans arrêt; les états ont trouvé l’astuce pour prélever un nouvel impôt sur votre patrimoine sans le dire….
L’argent au quotidien
Nous savons donc maintenant que l’argent dans le système monétaire mondial est un domaine réservé des états qui émettent eux-mêmes les volumes de devises qui leur conviennent.
Il reste une notion importante à aborder pour comprendre le système dans lequel nous vivons, c’est celui de la digitalisation de la monnaie. L’argent peut prendre deux forme : l’une matérielle, des billets ou des pièces (monnaie fiduciaire), l’autre dématérialisée, sous forme d’écritures dans des livres de comptes ( monnaie scripturale).
Cette différence de support, physique ou digital, n’est pas du tout anodine. La monnaie fiduciaire est celle de l’état, qui garantit qu’elle sera acceptée par les acteurs économiques et gardera sa valeur faciale; elle permet des transactions instantanées (et au passage confidentielles), sans intermédiaire, et avec elle pas possible de dépenser de l’argent qu’on n’a pas. L’autre est celle des banques et institutions financières, qui circule de manière plus complexe (cartes bancaires, chèques, virements, prélèvements) et nécessite leur intermédiation.
Voilà, vous avez saisi l’essentiel nécessaire pour comprendre ce qui se passe (Attention, ce n’est qu’une partie de l’histoire, mais c’est celle qui est utile à notre propos). Nous résumons : la monnaie est largement dématérialisée et ne consiste en fait pour une grand part que dans les écritures des banques. Celles-ci ne sont pas tenues de garder en réserve tous les dépôts qui sont faits chez elles (aujourd’hui en moyenne ces réserves sont inférieures à 10% de ces dépôts). L’état peut émettre de la monnaie quand il a besoin d’argent.
La genèse de Bitcoin
La plaie de ce système financier est la suivante : les banques, pour maximiser leurs profits, investissent leurs liquidités (vos dépôts) dans des opérations ou produits divers et variés, certains plus risqués que d’autres. Comme elles font toutes la même chose, certains de ces produits, puisqu’en nombre fini, voient leur prix s’envoler. Lorsqu’un évènement qui provoque une demande de retrait de la part des particuliers ou des entreprises (ou le non remboursement de dettes, ce qui revient au même, la banque comptant dessus pour ses activités) survient, les banques cherchent à vendre les actifs sur lesquels elles ont investi, mais comme elles le font toutes en même temps, la valeur de ces actifs baissent, et d’ailleurs personne n’a les liquidités pour les leur acheter. C’est la crise financière et les banques font faillite : Les dépôts sont bien inscrits dans leurs livres de comptes, mais elles ne peuvent les rendre à leurs clients. L’état a le choix de laisser faire, ruinant des millions de personnes et entraînant la faillite de milliers d’entreprises, ou d’émettre de la monnaie pour permettre aux banques de rembourser leurs client.
C’est ce qui s’est passé en 2008, le produit en cause s’appelait « subprime ». Notre résumé est très simplifié, mais c’est bien l’idée et le problème de notre système monétaire. Si vous voulez creuser un peu en passant un bon moment, prenant le temps de regarder « The Big Short », c’est très bien expliqué.
Ce n’était pas la première crise, mais celle-ci a pris naissance aux US, et avec le statut de réserve mondiale du dollar tous les pays du monde ont été impactés. Imaginez : si vous êtes américains, vos dollars valent moins qu’avant, mais au moins ils ne sont pas perdus. Dans tous les autres pays, vos réserves ont diminué en valeur mais c’est tout : pas de bonne nouvelle associée.
Cela faisait des années que des chercheurs en informatique essayaient de créer une monnaie digitale, avec les caractéristiques vertueuses de la monnaie fiduciaire, mais sans lien avec un gouvernement qui puisse (entre autres) la diluer avec des émissions intempestives, et avec la souplesse des paiements digitaux, mais sans l’intermédiation des banques leur avidité. Voir les banques qui avaient profité sans vergogne des subprimes pendant des années sauvées par le gouvernement au dépens des contribuables (le payeur final) a été la goutte de trop, et fin 2008, très précisément la nuit de Halloween, un chercheur (ou groupe de chercheurs) anonyme a publié les spécifications de bitcoin, sous forme d’un livre blanc (white paper). En janvier de 2009, Satoshi Nakamoto (le pseudo de cet inventeur), mettait à disposition sur internet le code source du logiciel décrit dans ce document, et émettait les premiers bitcoins.
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